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Emir Kusturica se confie à Monaco sur son prochain film, 6 mars 2019

Président du jury du Festival de la comédie qui se tient jusqu’à samedi à Monaco, le cinéaste serbe nous parle de son prochain film en Chine et de son envie de rejouer à Nice.

Il ne change pas : toujours aussi rock’n’roll, sympa et affable. À peine débarqué d’avion en provenance de Pékin, Emir Kusturica retrouve Mathilda May, Sandra Milo et Ezio Greggio, le président du Monte-Carlo Film Festival de la comédie pour tenir conférence de presse dans le grand salon du Fairmont. Il n’a même pas eu le temps de renouer ses lacets (ni de se raser, of course) et accuse le décalage horaire, mais accepte tout de même une interview exclusive avec Nice-Matin, qui est pour lui, à la fois, le journal du Festival de Cannes et du Nice Jazz Festival (car il est autant musicien que cinéaste). Ça tombe bien, on avait justement envie de lui parler de ses deux passions.

  • On ne vous savait pas fan de comédie ?
    • EK : Et pourtant, c’est sans doute mon genre de cinéma préféré… Si je pense au cinéma comme divertissement, je pense comédie. Si on parle d’art, bien sûr, le drame est roi. Mais les comédies me mettent en joie. The Party de Blake Edwards est un de mes films préférés au monde et je suis un grand fan de Peter Sellers. J’adore tous ses films de la série La Panthère Rose.
  • On vous attendait à Cannes plutôt qu’à Monaco…
    • EK : Oui, j’avoue que je ne sais pas trop ce qui s’est passé l’an dernier. Mon film, On The Milky Road, était prêt et il a été refusé. Je ne vois pas trop pour quelle raison… Il a été présenté ensuite à Venise et y a reçu un bon accueil. Mais j’ai été tellement gâté à Cannes que ça ne change pas mon rapport avec ce festival que je considère toujours comme l’un des plus importants événements culturels au monde. J’ai seulement décidé de ne plus concourir. Je veux bien continuer à présenter mes films en festival, mais hors compétition. En fait, je me suis rendu compte que ce n’était pas très sain pour moi de chercher à gagner une troisième Palme ou un autre Lion. Je préfère me considérer comme un nouveau débutant que comme un ancien palmé…
  • C’est pour cela que vous allez tourner en Chine ?
    • EK : Un peu, oui. Comme Carl Gustav Jung, je regrette que l’occident ait perdu beaucoup de son mystère. La Chine est un nouveau monde pour moi. Sans compter que mon film sortira dans 30.000 salles le premier jour ! C’est plus que je ne pourrai en espérer dans toute l’Europe. J’avoue qu’un gros succès au box-office chinois me ravirait. J’ai reçu beaucoup de prix comme cinéaste occidental, mais je n’ai jamais eu d’énorme succès au box-office. J’espère que ce sera le cas avec le prochain car je pense que le sujet devrait plaire aux Chinois.
  • Un film sur Gengis Khan, paraît-il ?
    • EK : Sur un épisode de sa vie. C’est le plus grand conquérant de tous les temps, mais je m’intéresse surtout au moment où il va entrer en Europe avec son armée. Une prophétie lui a prédit le succès tant que des nuages blancs le protégeraient. Lorsqu’il franchit la Volga, le ciel est sans nuage alors il s’arrête et se demande ce qu’il a fait pour déplaire aux Dieux. Il s’aperçoit alors qu’il n’a pas de descendance et c’est contraire aux lois de la nature. Alors il fait demi-tour pour donner la vie. C’est une vision symbolique et poétique de la légende de Gengis Khan, à rebours de ce que pourrait en faire Hollywood. J’espère pouvoir commencer à tourner en septembre-octobre.
  • D’ici là, on a une chance de vous revoir sur scène avec votre groupe ?
    • EK : Oui, on va tourner cet été dans toute l’Europe et on est en négociations pour faire le Nice Jazz Festival. J’ai bon espoir d’y venir. Pourvu qu’ils ne fassent pas comme Cannes ! Sinon, la prochaine fois, je serai obligé de vous dire que je ne veux plus jamais jouer à Nice ! (rires)
  • Au fond, vous préférez quoi, la musique ou le cinéma ?
    • EK : La musique, pour moi, ce n’est que du plaisir, alors que le cinéma représente pas mal de souffrances. Mais il y a des souffrances utiles. Lorsque le public aime votre film, vous oubliez tous les cercles d’enfer que vous avez dû passer pour le réaliser.
  • Le Lion d’or et les Oscars pour un film visible seulement sur Netflix, ça vous inspire quoi ?
    • EK : Je regrette le choix qu’a fait Alfonso Cuaron pour Roma, qui est un film de cinéma à voir au cinéma. Le streaming, c’est très bien pour les documentaires. Mais pour les fictions, rien ne remplace l’expérience du cinéma. Un film ça doit se voir en salles avec du public sinon on perd la moitié du plaisir. Je trouve très bien que le Festival de Cannes n’accepte pas les films Netflix en compétition. Même si, vu d’Hollywood, ça a l’air d’une lubie française un peu vieux jeu, il faut défendre les salles de cinéma.




Interview de Philippe DUPUY
Source : nicematin.com

fr/itv_19-03_nm.1553341476.txt.gz · Last modified: 2019/03/23 12:44 by matthieu1